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Les chevaux de course et l'évangélisation

Mis à jour : mai 6

De la Vie de S. Hilarion le Grand par S. Jérôme



Derby le Trotteur au bord de l'Yerres

    Un chrétien qui s'appelait Italicus, <citoyen de Gaza>, entretenait des chevaux pour les jeux du cirque contre un duumvir <membre d'un collège de deux magistrats> de Gaza adonné à l'idole Marnas <divinité vénérée alors dans cette région>...

    Cet homme, dont le concurrent avait l'aide d'un magicien qui, par certaines invocations démoniaques, pouvait ralentir les chevaux de l'un et accélérer l'allure de ceux de l'autre <est-ce un témoignage antique de l'usage du dopage?>, vint trouver le bienheureux Hilarion <disciple de saint Antoine et fondateur du monachisme palestinien> et le supplia non pas tant de léser son adversaire que de le protéger lui-même. C'était une ineptie, aux yeux du vénérable vieillard, que de gâcher la prière pour de semblables broutilles. En souriant il dit: "Pourquoi ne pas plutôt distribuer aux pauvres le prix des chevaux pour le salut de ton âme?" L'autre répondit que c'était une fonction publique, qu'il y avait là moins volonté de sa part que contrainte et qu'un chrétien ne pouvait recourir à des procédés magiques, mais bien plutôt chercher secours près du serviteur du Christ...

    Les frères qui assistaient le prièrent donc aussi et il ordonna qu'on remplît d'eau la coupe d'argile dans laquelle il buvait habituellement et qu'on la remît à cet homme. Dès qu'Italicus l'eut reçue, il en aspergea l'écurie, les chevaux, ses cochers et les barrières de départ. Extraordinaire était l'attente du peuple: en effet l'adversaire avait divulgué ce fait, même en le tournant en dérision, et les partisans d'Italicus exultaient en se promettant une victoire certaine.

    Or donc, le signal donné, les chevaux de notre homme volent au but, alors que les autres sont entravés dans leur course; sous les chars des premiers les roues brûlent de chaleur, les autres distinguent à peine le dos de l'attelage qui les dépasse en volant. Une clameur immense s'élève dans la foule si bien que les païens eux-mêmes criaient à grand bruit: "Marnas est vaincu par le Christ!" Et, dans leur fureur, les adversaires réclamèrent supplice pour Hilarion "magicien des chrétiens". Cette victoire indubitable fut donc pour les partisans d'Italicus et ensuite pour de nombreux spectateurs l'occasion d'accéder à la foi.


Cité d'après N. Egender, Moines de Palestine: portraits spirituels, Paris: Artège, 2016

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